(Réflexion à partir de la Sourate Ṣād, versets 46 et suivants)
Dans un monde dominé par l’immédiateté, la recherche du plaisir et l’oubli du sens profond de l’existence, le rappel de l’Au-delà occupe une place centrale dans la spiritualité islamique. Le Coran souligne que ce souvenir n’est pas seulement une croyance, mais une force morale qui purifie l’âme, éclaire le jugement et préserve de la déviation.
Dans la Sourate Ṣād, Allah évoque certains de Ses serviteurs d’élite — parmi eux Ibrahim, Ishaq et Ya‘qoub (Abraham, Isaac et Jacob) — et révèle la raison profonde de leur noblesse spirituelle : « Nous les avons distingués par une qualité particulière : le rappel de la Demeure (de l’Au-delà). » (Sourate Ṣād, 38:46)
Ce verset indique que la véritable distinction ne réside ni dans la richesse, ni dans le pouvoir, ni même dans le savoir abstrait, mais dans une conscience constante de la vie future. Se souvenir de la Demeure ultime oriente les priorités, discipline les passions et empêche l’âme de se perdre dans l’illusion du monde.
Le verset suivant renforce cette idée : « Ils sont auprès de Nous, certes, parmi les élus, les meilleurs. » (38:47)
Ainsi, le mérite de ces prophètes n’est pas seulement lié à leur mission, mais à l’état intérieur qui les habitait : une lucidité permanente face à l’éphémère et à l’éternel.
Puis le passage élargit l’exemple à d’autres figures vertueuses : « Et mentionne Ismaël, Élisée et Dhûl-Kifl : tous font partie des meilleurs. » (38:48)
Enfin, le texte conclut par une règle universelle : « Ceci est un rappel. Les pieux auront certes une belle retraite. » (38:49)
Pourquoi le souvenir de l’Au-delà protège-t-il du péché ?
Se rappeler constamment que chaque acte aura des conséquences éternelles transforme profondément le comportement humain :
Il freine les passions : l’individu ne se laisse plus dominer par ses désirs immédiats.
Il empêche l’excès : la modération devient naturelle face à la perspective du Jugement.
Il combat la corruption : l’injustice et la tromperie perdent leur attrait lorsque la responsabilité devant Dieu est présente.
Il affine le discernement moral : le croyant distingue mieux le bien durable du plaisir destructeur.
En revanche, l’oubli de l’Au-delà ouvre la porte à la transgression. Lorsque l’homme pense que cette vie est tout ce qui existe, il peut facilement justifier l’injustice, l’abus et la corruption au nom du profit ou du plaisir.
Une distinction intérieure, non visible
Le verset 46 parle d’une « qualité particulière ». Cela suggère qu’il s’agit d’un état intérieur, invisible aux yeux, mais décisif aux yeux de Dieu. Deux personnes peuvent accomplir les mêmes actions extérieures, mais celle qui agit en se souvenant de l’Au-delà possède une profondeur et une sincérité incomparables.
En somme:
La Sourate Ṣād enseigne que la véritable noblesse humaine naît d’une conscience éveillée de la vie future. Se souvenir de l’Au-delà n’est pas une fuite du monde, mais au contraire la condition pour y vivre avec justice, sagesse et retenue.
Celui qui garde en mémoire la Demeure éternelle ne se prive pas de la vie : il la purifie, l’équilibre et lui donne un sens.
